Jamais dans ma vie j n’ai pu une seule fois dire !
J’ai choisi mon métier. Les obligations de vivre seul ou en famille avec femme et enfants, vous conditionne constamment dans des besoins financiers qu’ils faut résoudre .

Dans les chais de mes parents j’ai appris à 12 ans le traitement des vins, leurs encollages, leurs filtrations, la mise en bouteilles, avec notre tonnelier . J’ai appris à faire un fût , à mettre un fond à 13ans .
A 17 ans avec une moto 125 Terraud que l’on m’avait prêté j’étais représentant pour une distillerie de Rochefort .

A partir de 18 ans je me suis retrouvé jardinier dans le marais Poitevin – Braconnier pour faire quelques sous, maraicher , aide cuisinier, barman , serveur , manœuvre en usine, massicoteur, chef d’équipe aux séchoirs dans l’usine de bois déroulé , contremaitre en remplacement à 21 ans .

Après un passage en école de laiterie à Surgéres , contrôleur laitier, fromager à Irleau 79, puis à Néré17 . 10 années passées comme contrôleur, chauffeur, fromager laborantin pour être ensuite grossiste en produits laitiers – Crémier à St Jean D’Angély, attaché commercial d’abattoir à Vannes et Chalais _ Grossiste en volailles et salaisons , éleveur avicole à Grassac 17 , représentant en machines agricoles , directeur de fabrication de bateaux de pêche et de plaisirs , cabinet de contentieux , directeur manufacture de vêtements , directeur commercial au Luxembourg , cabinet comptable et juridique , représentant en parfumerie, liquidateur amiable d’entreprise, ( travaux public , isolation ) marchand de biens , promoteur constructeur , restaurateur .

Tous les métiers que la vie m’a imposée pour des raisons physiques, pour des raisons financières , je ne pense pas en avoir vraiment choisis un seul . Il est très difficile de se rappeler de ses jeunes années , seul les photos permettent un retour en arrière . Ce sera au fil de ma mémoire que je vais écrire ce livre .

1945, la guerre vient de se terminer ; pour certains, ce sera l’euphorie, l’immense joie , la délivrance, le monde des merveilles. Pour d’autre ce sera le début d’un calvaire, des règlements de compte.
Tout le monde aura son brassard bleu_blanc_rouge marqué F-F-I- ( force française de l’intérieur ) tout le monde sortira son drapeau , tout se dira résistant.

Les jeunes femmes qui ont parlé aux allemands ou qui ont trouvé l’amour de leur vie parmi eux se verrons toutes les cheveux coupés très court cela en public pour les punir de leurs relations , jugées perverses .

Certains hommes profiteront de cet état de fait pour exercer sur leur propre femme leur jalousie, leur vengeance et laisser croire qu’il étaient eux aussi de vrais maquisards .

Pour moi , ma vie prendra un tournant pénible le 19 septembre 1944. Cette date marquera mon existence à jamais, en la promenant de long en large, de loin ou de prés , comme la mer joue avec ses vagues. La vie va bousculer d’avant en arrière sans qu’à un seul moment je puisse prendre le contrôle de ce que je souhaiterais faire d’elle .

19 Septembre 1944 , les allemands partent se réfugier dans ce qu’on appellera la poche de Royan .
Débâcle complète pour les occupants, ils fuient à toutes vitesse , laissant tout derrière eux, avec l’espoir de trouver sur la côte un bateau pour rejoindre leur pays . Terminé les patrouilles fini le bruit des bottes cloutées qui martelées le sol, terminé les peurs aux entrailles qui nous obligeaient à nous cacher au moindre bruit, quand le soir avec les copains, ont bravaient le couvre feu . HALTE PAPEIR !!!

Terminé cela, l’air était d’un coup de baguette magique beaucoup plus respirable, enfin libre … Quel bonheur ! On chantait tous a pleine voix ce chant des partisans, que l’on fredonnait doucement .
«  Ami entends-tu
Les cris sourds du pays qu’on enchaine !
Ami entends-tu
Les vol noir des corbeaux sur nos plaines »
Aujourd’hui après 65 ans passés , il est toujours là .

19 septembre 1944, les drapeaux bleu-blanc-rouge ont tous resurgis aux fenêtres , aux monuments à la mairie.

Tous les habitants sont dans la rue où passe de temps en temps une traction avant Citröen remplie de résistants .
Terminée ce drapeau français arborant une Francis dorée sur le blanc du drapeau .

Fini les chansons imposées à l’école «  Maréchal nous voilà » Fini les maximes imprimées en bas des photos que les enseignants distribuées pour notre bonne conduite en échange de 10 bons points = une carte postale à l’effigie du Maréchal Pétain. Au bas de chaque carte postale l’on pouvait lire en gros caractère des maximes exemple : «  Patience et longueur de temps valent mieux que force et que rage »
«  La patience est la meilleur forme de courage travail- famille- patrie- etc »
Terminé tout cela _ Vive la Liberté _L’égalité _ La Fraternité .
Je regarde le panneau fixe devant mon bureau et je relis encore avec plaisir «  Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Août 1789 . »
Il est bon parfois de la relire